Willy Ronis est décédé à l'âge de 99 ans. Avec lui se
tourne définitivement l'une des plus grandes pages de la photographie. J'ai eu
l'honneur et le plaisir de le connaître à l'automne de sa vie. Je l'avais
interviewé à différentes reprises et nous avons échangé une correspondance
régulière durant plusieurs années. Mais là n'est pas le propos, du moins
aujourd'hui. J'aurai l'occasion de revenir sur ces souvenirs en temps
voulu.
Né en 1910, à Paris, l'auteur des «Amoureux de la Bastille» a réalisé son
premier cliché à l'âge de 16 ans ainsi que le précise l'AFP qui a annoncé son
décès. Jeune, ce contemporain de Doisneau et Cartier-Bresson se passionne
pour la musique et le dessin. Son père, ukrainien, était photographe de
quartier. Sa mère, lituanienne, donnait des leçons de piano.
Au retour du service militaire, en 1932, Willy Ronis abandonne la musique
pour reprendre la boutique de son père, malade. Agacé par ce travail
sédentaire, le jeune homme s'évade à la montagne et réalise des reportages sur
les sports d'hiver. A la mort de son père, en 1936, Ronis laisse le magasin et
devient photographe pour la presse, l'industrie, la mode et la publicité.
1936, c'est aussi le Front Populaire. Ronis publie dans la revue «Regards»
ses premiers reportages sur les mouvements sociaux, notamment les grèves chez
Citroën.
A la Libération, Ronis participe à la renaissance de la presse
illustrée. En 1946, il fait partie de la première équipe de l'agence Rapho avec
Robert Doisneau et Brassaï. Apartir de 1947, il se passionne pour
les quartiers de Belleville et de Ménilmontant. Il arpente les rues de ce Paris
populaire, sans monument, et le fige sur la pellicule.
En 1955, Ronis quitte Rapho (qu'il rejoindra plus tard). Il se consacre
alors à la mode et à la publicité. Enseignant la photo à Paris et en Provence à
partir de 1968, le Parisien se retire une dizaine d'années à Gordes (Vaucluse)
et retrouve la capitale en 1983. Cette année-là, il fait don de ses archives à
l'Etat, mais en reste le dépositaire de son vivant.
A la fin des années 70, c'est la consécration : Grand Prix des arts et
lettres pour la photographie (1979), il est en 1980 l'invité d'honneur des
Rencontres internationales de la photographie en Arles et son livre «Sur le fil
du hasard» reçoit le prix Nadar (1981).
Expositions, rétrospectives et hommages se succèdent, notamment à Paris en
1985, 2005-2006. Fin 2008, il publie «Nues», retraçant cinquante-six ans de
travaux.
En juillet dernier, il avait été une nouvelle fois l'invité d'honneur des
40èmes Rencontres photo d'Arles.